Délai de carence CDD : calcul et exceptions
Comment calculer le délai de carence CDD (1/3 ou 1/2 en jours calendaires et jours d'ouverture) selon les 7 exceptions légales avant une requalification.
Par Kevin de CrossTheRoad8 min de lecture
Signé par Kevin de CrossTheRoad, fondateur de CrossTheRoad. Les règles citées renvoient aux sources officielles indiquées en fin d'article (Code du travail, Service-Public, France Travail…). Ce guide aide à suivre vos démarches ; il ne remplace pas un conseil personnalisé.
En l'absence de convention ou d'accord de branche étendu fixant des règles spécifiques, le délai de carence CDD applicable sur un même poste est égal au tiers de la durée du contrat venu à expiration (renouvellements inclus) dès 14 jours calendaires et à la moitié de cette durée en dessous de 14 jours calendaires (article L1244-3-1 du Code du travail). La durée totale du CDD initial s'apprécie en jours calendaires tandis que le délai entre deux CDD se décompte en jours d'ouverture de l'entreprise ou de l'établissement concerné.
Ce décalage surprend souvent. Lorsque votre contrat touche à sa fin et qu'un responsable évoque une nouvelle mission quelques semaines plus tard, vérifier cette méthodologie évite les malentendus sur la date exacte de reprise. Vous savez ainsi distinguer un simple renouvellement d'une succession de CDD (même poste ou fonctions distinctes) et planifier vos relances au bon moment.
| Durée totale du CDD expiré (renouvellements inclus, en jours calendaires) | Formule de calcul (1/3 ou 1/2 de la durée du contrat, sans accord ou convention de branche étendu) | Mode de décompte (jours calendaires vs jours d'ouverture de l'entreprise) | Référence légale (article L1244-3 et L1244-3-1 du Code du travail) |
|---|---|---|---|
| Seuil de 14 jours calendaires ou plus | 1/3 de la durée totale du CDD expiré (délai de carence CDD) | Jours d'ouverture de l'entreprise ou de l'établissement | Articles L1244-3 et L1244-3-1 du Code du travail |
| Moins de 14 jours calendaires | 1/2 de la durée totale du CDD expiré | Jours d'ouverture de l'entreprise ou de l'établissement | Articles L1244-3 et L1244-3-1 du Code du travail |
Règle légale et calcul du délai entre deux CDD
L'article L1244-3 du Code du travail (également consultable sur Légifrance) interdit de pourvoir un même poste de travail par un nouveau CDD ou un contrat d'intérim dès la fin d'un premier CDD sans respecter un temps d'arrêt obligatoire. Cette pause légale dépend de la durée totale du contrat initial incluant son ou ses deux renouvellements éventuels.
Vérifiez d'abord votre convention collective. L'article L1244-3 donne la priorité à la convention ou à l'accord de branche étendu pour fixer le mode de calcul (délai de carence CDD) de cette attente. En l'absence de règle conventionnelle sur ce point, les dispositions supplétives de l'article L1244-3-1 du Code du travail prennent le relais.
La formule légale supplétive combine deux unités de temps distinctes qu'il faut séparer avec soin.
- L'assiette du calcul se mesure en jours calendaires. Vous comptez chaque jour du calendrier compris dans le contrat initial et ses renouvellements éventuels y compris les week-ends et jours fériés. Si vous hésitez entre une prolongation par avenant et la signature d'un second contrat distinct, consultez notre guide sur le renouvellement de CDD.
- La durée obtenue s'applique en jours d'ouverture de l'établissement. Dans une structure ouverte cinq jours ouvrés par semaine, chaque week-end chômé suspend le compteur de carence. Comme le précise la fiche du Code du travail numérique sur le délai de carence entre deux CDD, tout résultat décimal s'arrondit à l'entier supérieur pour préserver le plancher légal.
En pratique, nous constatons que cet écart entre jours calendaires et jours d'ouverture décale régulièrement la date de reprise d'une ou deux semaines par rapport à une estimation rapide. Le tableau ci-dessous illustre trois cas fréquents.
| Situation concrète | Durée totale du CDD expiré (jours calendaires) | Règle supplétive applicable | Calcul du délai de carence | Équivalent calendaire (établissement ouvert 5 j / 7, sans jour férié) |
|---|---|---|---|---|
| CDD court de 10 jours | 10 jours calendaires | Moitié (durée < 14 jours) | 10 ÷ 2 = 5 jours d'ouverture | 1 semaine complète (5 jours d'ouverture) avant le nouveau CDD |
| CDD d'un mois (30 jours) | 30 jours calendaires | Tiers (durée ≥ 14 jours) | 30 ÷ 3 = 10 jours d'ouverture | 2 semaines complètes (10 jours d'ouverture) avant le nouveau CDD |
| CDD de 3 mois renouvelé 3 mois | 180 jours calendaires (90 + 90) | Tiers (durée ≥ 14 jours) | 180 ÷ 3 = 60 jours d'ouverture | 12 semaines d'ouverture (environ 2 mois et 3 semaines calendaires) |
Les 7 exceptions légales au délai de carence et la succession de CDD sur le même poste vs avec le même salarié
Une convention ou un accord de branche étendu peut fixer la liste des situations exemptées de carence (article L1244-4 du Code du travail). Lorsqu'aucun accord de branche étendu ne traite ce point, l'article L1244-4-1 du Code du travail (publié sur Légifrance) prévoit un cas d'exception (délai de carence CDD écarté) dans 7 situations limitatives.
- Le contrat vise le remplacement d'un salarié temporairement absent ou dont le contrat est suspendu en cas de nouvelle absence du salarié remplacé.
- La mission porte sur l'exécution de travaux urgents nécessités par des mesures de sécurité devant être réalisés immédiatement.
- Le poste correspond à un emploi à caractère saisonnier ou à un emploi d'usage dans un secteur où il est d'usage constant de ne pas recourir au CDI en raison de la nature de l'activité exercée.
- Le CDD assure le remplacement d'un chef d'entreprise artisanale ou commerciale ou d'un professionnel libéral ou encore d'un chef d'exploitation agricole (4° et 5° de l'article L1242-2).
- Le contrat est conclu au titre de l'article L1242-3 pour favoriser l'embauche de certaines catégories de personnes sans emploi ou assurer un complément de formation professionnelle.
- Le salarié a initié une rupture anticipée de son contrat, par exemple lors d'une rupture de CDD pour un CDI.
- Le salarié refuse le renouvellement de son contrat et un nouveau CDD est conclu pour la durée du contrat non renouvelé.
L'administration distingue aussi la succession de contrats sur un même poste et la succession de contrats avec le même salarié (fiche F38 de Service-Public.fr sur le CDD). Sur un même poste de travail avec le même salarié ou un autre salarié, l'identité de poste s'apprécie selon la nature des fonctions réellement exercées plutôt que selon le titre mentionné sur le contrat. Si les tâches restent identiques, la pause légale de l'article L1244-3 s'impose hors exceptions légales ou conventionnelles.
Avec le même salarié sur des contrats successifs, l'article L1244-1 du Code du travail n'autorise l'enchaînement continu que pour remplacer un absent ou occuper un emploi saisonnier ou d'usage ainsi que certains remplacements de dirigeants (4° et 5° de l'article L1242-2). En dehors de ces cas, même sur un poste différent, le Code du travail numérique rappelle que l'employeur doit respecter un délai raisonnable entre les deux contrats si la branche ne prévoit rien.
Sanction et requalification en CDI en cas de non-respect
La sanction légale est directe. Lorsqu'un CDD est conclu en méconnaissance des articles L1244-3 à L1244-4-1 ou de l'article L1244-1 sur les contrats successifs, l'article L1245-1 du Code du travail prévoit que le contrat est réputé à durée indéterminée.
Lorsque le conseil de prud'hommes prononce la requalification (CDD en CDI) sur demande du salarié, l'article L1245-2 du Code du travail ainsi que la fiche F34572 de Service-Public.fr sur la requalification en CDI imposent à l'employeur le versement d'une indemnité de requalification au moins égale à un mois de salaire, sans préjudice des indemnités de rupture éventuellement dues. L'affaire va directement devant le bureau de jugement, qui statue au fond sous un mois, tandis que le salarié dispose d'un délai de deux ans à compter de la fin du dernier contrat pour agir.
La coupure entre deux missions agit aussi sur vos droits financiers et votre prise de poste. Lorsqu'un premier CDD s'achève et qu'un temps d'attente s'écoule avant un éventuel second CDD, le premier contrat a pris fin sans poursuite immédiate en CDI, ce qui ouvre droit à l'indemnité de 10 % détaillée dans notre guide sur la prime de précarité en CDD (sauf cas d'exclusion comme le refus de CDI après un CDD ou certains cas de départ anticipé distincts de la rupture de CDD d'un commun accord). Lorsque vous signez un second CDD après une interruption, vérifiez si une nouvelle période d'essai se justifie au regard des fonctions déjà exercées grâce à notre article sur la période d'essai en CDD.
Suivi des dates de fin de contrat et relances pendant l'attente
L'attente se compte parfois en semaines. Lorsqu'une entreprise vous indique à la fin d'un CDD pour accroissement temporaire d'activité qu'elle souhaite vous réembaucher dès l'expiration de la période légale, un suivi écrit évite deux erreurs fréquentes. Sans repère précis, on relance trop tôt alors que le service RH reste bloqué juridiquement, ou trop tard une fois le besoin confié à une autre personne.
Calendrier pratique entre deux contrats
Pour garder la maîtrise de cette période sans multiplier les feuilles volantes, je recommande de noter quatre repères factuels dès le dernier jour du contrat selon notre méthode pour organiser ses candidatures ou directement dans CrossTheRoad.
Les quatre repères à relever avant de relancer
- Notez la date exacte de fin du CDD ainsi que sa durée calendaire cumulée avec les renouvellements éventuels.
- Relevez le motif précis inscrit sur le contrat et l'intitulé de la convention collective applicable.
- Identifiez le rythme d'ouverture hebdomadaire de l'établissement pour convertir le tiers ou la moitié en date calendaire réelle de fin de carence.
- Fixez avec votre interlocuteur opérationnel ou RH une date de prise de contact placée 7 à 10 jours avant l'échéance de la carence pour confirmer votre disponibilité juste avant la réouverture juridique du poste.
Notre conseil consiste à préparer ce calendrier dès la sortie du contrat en utilisant notre générateur de plan de relance de candidature ainsi que notre calculateur de solde de tout compte et notre calculateur de durée de période d'essai, puis à enregistrer cette échéance dans CrossTheRoad à côté de vos autres pistes actives.
Questions fréquentes
Quel est le délai de carence entre deux CDD sur le même poste ?
En l'absence de convention ou d'accord de branche étendu, l'article L. 1244-3-1 du Code du travail fixe ce temps d'attente au tiers de la durée du contrat venu à expiration (renouvellements inclus) dès 14 jours calendaires, ou à la moitié en dessous de 14 jours calendaires.
Comment se décomptent les jours du délai de carence d'un CDD ?
La durée totale du CDD initial se calcule en jours calendaires (tous les jours de l'année), tandis que les jours d'attente se décomptent en jours d'ouverture de l'entreprise ou de l'établissement concerné (article L. 1244-3-1 du Code du travail).
Peut-on enchaîner deux CDD sans délai de carence pour remplacer un salarié absent ?
Oui, en l'absence de stipulation contraire dans une convention ou un accord de branche étendu, l'article L. 1244-4-1 du Code du travail écarte toute attente lorsque le CDD est conclu pour remplacer un salarié temporairement absent ou dont le contrat est suspendu, en cas de nouvelle absence du salarié remplacé.
Faut-il un délai de carence entre deux CDD avec le même salarié sur des postes différents ?
Si les deux CDD sont conclus avec le même salarié sur des postes réellement distincts, la règle de l'article L. 1244-3 visant le même poste ne s'applique pas, mais la jurisprudence impose tout de même un délai raisonnable entre les deux contrats si la convention ou l'accord de branche étendu ne prévoit rien.
Quelle est la sanction si l'employeur ne respecte pas le délai de carence ?
Selon les articles L. 1245-1 et L. 1245-2 du Code du travail, le CDD conclu en méconnaissance des règles de carence est réputé à durée indéterminée, avec versement d'une indemnité à la charge de l'employeur au moins égale à un mois de salaire.
Repères pratiques et sources officielles
Sources lues le 24 octobre 2026. Avant d'échanger avec un employeur ou un service RH sur une succession de contrats, gardez en tête ces cinq repères juridiques issus des textes officiels (Article L1244-3 du Code du travail, Article L1244-3-1 du Code du travail, Article L1244-4-1 du Code du travail, Article L1245-1 sur Légifrance, Fiche F38 de Service-Public.fr, Fiche F34572 de Service-Public.fr ainsi que la Fiche du Code du travail numérique).
- Sans accord de branche étendu sur un même poste, l'attente représente le tiers du contrat expiré renouvellements inclus à partir de 14 jours calendaires, et la moitié en dessous de 14 jours calendaires.
- La durée du CDD initial se mesure en jours calendaires, mais le délai d'attente se décompte en jours d'ouverture de l'établissement.
- En l'absence de stipulation conventionnelle contraire, aucun délai de carence ne s'applique en cas de nouvelle absence du salarié remplacé.
- Hors cas de succession continue autorisés par l'article L1244-1, l'employeur doit respecter un délai raisonnable entre deux CDD conclus avec le même salarié sur des postes différents.
- Le non-respect du délai de carence entraîne la requalification en CDI avec une indemnité minimale d'un mois de salaire.